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Culture

Pourquoi casse-t-on un verre à la fin du mariage juif ?

Le Talmud raconte d’où vient le geste, les codes de loi le relient à Jérusalem, et chaque communauté a sa façon de le faire. Le point, sources à l’appui.

Sur cette page
  1. Ce que raconte le Talmud
  2. Le souvenir de Jérusalem
  3. Une explication populaire : éloigner les mauvais esprits
  4. Une lecture d’aujourd’hui : un lien qui ne se défait pas
  5. Le geste, en pratique
  6. Ce qui suit : les sheva brachot

À la fin de la houppa, le marié brise un verre sous son pied et toute l’assemblée crie « Mazal tov ! ». C’est l’un des gestes les plus connus du mariage juif, chez les Séfarades comme chez les Ashkénazes. Mais d’où vient-il, et que veut-il dire ? Voici ce que disent les textes, et ce qui relève plutôt de la tradition populaire.

Ce que raconte le Talmud

Le Talmud de Babylone (traité Berakhot, 30b-31a) rapporte deux histoires de noces. Mar, fils de Ravina, voit que les sages présents au mariage de son fils se laissent aller à une joie débordante : il apporte une coupe précieuse, d’une valeur de 400 zouz, et la brise devant eux. Rav Ashi, qui dirigeait l’académie de Soura (mort en 427), fait de même au mariage de son fils, avec une coupe de verre blanc. Les invités, dit le texte, en deviennent graves.

Servez l’Éternel avec crainte, et réjouissez-vous en tremblant.
Psaumes 2, 11

Le Talmud rattache ces histoires à ce verset : même au cœur de la joie, on garde une part de retenue. Le texte ne parle pas du Temple. Le lien avec Jérusalem est venu ensuite.

Le souvenir de Jérusalem

Au Moyen Âge, les Tossafot, commentateurs du Talmud, écrivent à propos de la coupe de Rav Ashi : « C’est de là que vient la coutume de briser du verre aux mariages. » Des recueils de coutumes de la même époque, comme le Kol Bo, donnent au geste le sens qu’on lui connaît aujourd’hui : se souvenir de la destruction de Jérusalem, même au plus beau jour.

Le Choulhan Aroukh (Orah Hayim 560, 2) demande au marié de garder un signe de deuil pour Jérusalem : un peu de cendre sur la tête, à l’endroit des téfilines. Le Rema, qui y ajoute les usages ashkénazes, note qu’en certains endroits on brise plutôt un verre au moment de la houppa. Beaucoup de mariés récitent juste avant le verset « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie » (Psaumes 137, 5).

Dans la tradition séfarade, Rav Ovadia Yosef (Halikhot Olam, tome 2) précise qu’on prend justement du verre : contrairement à la terre cuite, le verre brisé peut être refondu. Le geste dit donc aussi l’espoir que Jérusalem sera rebâtie.

Une explication populaire : éloigner les mauvais esprits

Une autre explication circule : le bruit du verre éloignerait les mauvais esprits, attirés par tant de bonheur. Elle ne vient pas d’un texte de loi mais de la tradition populaire. L’historien Jacob Lauterbach (1925) la rattache à un usage de l’Allemagne médiévale : le marié jetait la coupe contre le mur nord de la synagogue, le côté d’où, selon le prophète Jérémie, viendrait le malheur. Les rabbins la citent peu aujourd’hui.

Une lecture d’aujourd’hui : un lien qui ne se défait pas

On entend aussi, surtout dans des cérémonies récentes, qu’un verre brisé ne se recolle pas, comme l’engagement pris sous la houppa. Cette image ne vient pas des sources classiques, mais elle parle à beaucoup de couples. Elle dit l’inverse de la lecture séfarade vue plus haut : l’une insiste sur ce qui ne revient pas, l’autre sur ce qui sera reconstruit.

Le geste, en pratique

  • Quand ? Dans la plupart des communautés, à la fin de la houppa, après les sept bénédictions. En Israël, certains le font plus tôt, entre les kiddouchin et la lecture de la ketouba.
  • Quel verre ? Aujourd’hui, un verre simple et fin, enveloppé dans une serviette ou une petite pochette de tissu pour retenir les éclats.
  • Qui ? Le marié, d’un coup de pied décidé. Dans certains mariages d’aujourd’hui, les mariés le brisent à deux.
  • Et ensuite ? L’assemblée crie « Mazal tov ! » et la fête commence.
Astuce

Confiez le verre, déjà enveloppé, à un proche qui le posera au bon moment, et prévoyez-en un second au cas où le premier résisterait.

Ce qui suit : les sheva brachot

Les sept bénédictions, les sheva brachot, sont dites une première fois sous la houppa. Elles sont reprises après le repas de noces, à la fin du Birkat hamazon, puis en général lors des repas de fête des sept jours suivants, à deux conditions : un minyan (dix hommes) et au moins un invité qui n’était pas encore venu, les « nouveaux visages » (panim hadachot).

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Sources

  • Talmud de Babylone, Berakhot 30b-31a (Mar fils de Ravina, Rav Ashi).
  • Tossafot sur Berakhot 31a.
  • Choulhan Aroukh, Orah Hayim 560, 2, et la glose du Rema.
  • Choulhan Aroukh, Even haEzer 62 (les sheva brachot).
  • Rav Ovadia Yosef, Halikhot Olam, tome 2, p. 204.
  • Jacob Z. Lauterbach, « The Ceremony of Breaking a Glass at Weddings », Hebrew Union College Annual 2 (1925).

À propos — Rédigé par l’équipe de Tov.events, qui outille les familles juives — séfarades, ashkénazes, mizrahi, laïques — pour leurs simhas.

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